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Le monde est une balle

Roberto Hernández Montoya

El Nacional, dimanche 12 juillet 1998
En español: El mundo es una pelota
In English: The World Is A Ball

Le mondial de football

Roberto

Roberto et sa fille Hannah aux jardins du
Centre d’art La Estancia à Caracas, Vénézuéla.

C’est ce que dit Platon. Pour lui la sphère est la forme plus parfaite parce qu’elle est identique à elle-même dans toutes ses parties et n’a besoin de rien. Le monde-sphère ne nécessite pas des mains parce qu’il n’a rien à saisir hors de lui. Il ne requiert pas de pieds parce qu’il n’y a pas où aller qui ne soit pas compris en son intérieur. Il ne demande pas des yeux parce qu’il n’existe rien à être vu au dehors. C’est un monde autiste celui de Platon.

C’est tout le contraire des balles, ces paradigmes, si favoris des enfants qu’elles nous retiennent dans l’enfance pour toujours, cet âge dorée pendant lequel tout est fondamental. Notre premier rapport avec la perfection est avec une boule, qui invite à tout enjeu et qui est le chef d’oeuvre des jouets, dès les billes au ballon de football. La balle invite à tout enjeu parce que sa forme présage tous les chemins. Le ballon de football est, donc, le contraire du monde platonique. Il n’a rien dedans, sauf de l’air comprimé, une substance assez maigre si l’on considère l’attention chaque fois plus proche de l’unanimité mondiale qu’il accumule. Voir La vida es juego.

Ce morceau de cuir et de vent provoque du stress, des décisions de vie ou de mort, des euphories o des dépressions nationales. Des pays tout entiers mettent leur honneur à rouler sur lui. Des continents même, ce qui explique pourquoi les vénézuéliens soutiennent n’importe quelle sélection nationale de l’Amérique du Sud. Le monde n’est pas dans la balle, comme dans la sphère platonique, mais il s’organise autour d’elle. Pendant le Mondial il n’y a pas d’acte qui ne soit pas rythmé par les jeux et ses résultats. Pour un pays la vie se termine à peine leur équipe est éliminé ; il perd pour un temps toute notion de demain. Ou il envahit tout le futur lorsqu’il triomphe. Il valse entre la gloire et la honte à chaque instant. La passion du football est maniaco-dépressive. La vie doit recommencer pour tous les pays, sauf pour un : le vainqueur. Etre sub-champion ne vaut rien, puisque personne ne se rappelle de ceux qui arrivent deuxièmes. Baggio faillit un penalty et le monde s’écroule sur lui, des années de geste se révoquent, la nation lui reproche d’avoir déçu la confiance avec laquelle on a mis entre ses pieds toute l’histoire, depuis la Guerre des Gaules, sans oublier Dante et la Chapelle Sistine. Imagine-toi là devant un portier prodigieux avec ton Panthéon, ton Niagara, ta Tour Eiffel, ton Beethoven, ton fleuve Amazone, tes enfants, tout seul, obligé à compter sur les cabrioles fantasques d’une bulle de cuir qui peut tous les trajets. Tu mises tout sur un fin coup de pied.

Vingt-deux hommes se disputent un ballon d’un diamètre de quelques centimètres sur lequel se concentrent les yeux du monde. Il n’y a pas de presse ni de l’Internet ni télévision ni radio ni place ni café ni couloir qui ignorent la sphère succincte. Personne ne travaille, ou le fait distraite par un globe évidemment plus important. Les campagnes d’élection s’arrêtent et les crises économiques doivent attendre parce qu’on doit tout trancher dans une minuscule géométrie qui redéfinit toute topologie symbolique.

Combien des sports sont-ils engendrés par la sphère ? La comptabilité scrupuleuse n’est pas importante. Ce qui est important c’est le fait que cette forme en accouche beaucoup parce qu’elle séduit avec un clin d’oeil fondamental pour nous faire en courir après afin de dominer su fauve mouvement contre nos semblables.

La France l’a gouverné aujourd’hui et voilà qu’elle a le monde à ses pieds.


In English: The World Is A Ball
En español: El mundo es una pelota

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Email: roberto@analitica.com

Roberto Hernández Montoya est licencié ès lettres de l’Université centrale du Vénézuéla, Directeur de La BitBliothèque. Il publie ses articles à El Nacional, Imagen, ainsi qu’à Internet World Venezuela et participe à la direction éditoriale de Venezuela Cultural et de Venezuela Analítica. Il fit des études d’analyse du discours à l’École des hautes études en sciences sociales, Paris. Il fut le président fondateur de l’Association vénézuélienne d’éditeurs, ainsi que directeur des éditions de l’Ateneo de Caracas.

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