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Adresse à la Fête de lHumanité Samedi, 11 septembre 2004 Se souscrire au groupe Internet de l'émission de rdadio (en espagnol) Como ustedes pueden ver (un programa para la gente que escucha)
Cest un bien grand honneur pour moi davoir lopportunité exceptionnelle de madresser aux héritiers historiques des révolutions de la France, et cela à loccasion de la célébration du premier siècle de lHuma. Jai bien des difficultés à expliquer ce qui arrive au Venezuela en espagnol. Vous pouvez donc imaginer les obstacles que je dois surmonter pour exprimer cela en français. Jai un ami hispanophone qui déteste parler en anglais parce quil dit que son quotient intellectuel descend à au moins 40%. Jespère bien que le mien ne descendra pas autant parce que cela pourrait dangereusement sapprocher de zéro. Jaspire, donc, que mes fautes de français ne détourneront pas votre attention sur ce que je vais tenter de démêler. Comme dit mon ami Luis Britto García, ici présent, le Venezuela a bien conjuré en 1989 la catastrophe néolibérale subie plus tard par lArgentine. Le 27 février 1989 il y a eu une révolte généralisée au Venezuela. Toute la nation, ou presque, a eu une réaction instinctive contre les mesures économiques du gouvernement de Carlos Andrés Pérez, qui navait même pas un mois au pouvoir. La violence du gouvernement contre cette rébellion populaire a été extrême. Mais la même armée qui a été chargée de cette action a subi un bouleversement interne qui a déclenché sa propre rébellion en 1992, avec Hugo Chávez comme commandant. Cela a été, pense Luis, le commencement de la Quatrième Guerre Mondiale. Lautre événement historique a été le retour au pouvoir du président Chávez quelques heures après quil ait été renversé en avril 2002. Cela a été leffet dune révolte pacifique populaire et civile et militaire. La seule arme que le peuple a brandi pendant ces heures dangoisse devant les casernes et devant le palais présidentiel a été la nouvelle Constitution. Cette multitude était prête à subir un massacre, puisque personne dehors ne savait exactement bien ce qui se passait à lintérieur. Et même dans les casernes la situation nétait pas encore définie. Mais le peuple na été convoqué par aucun dirigeant. Cest le peuple qui a convoqué le peuple. On a improvisé des assemblées dans les rues et dans les quartiers populaires pour délibérer sur ce quil fallait faire, comme Lénine en 1917, mais seulement pendant quelques minutes. Le peuple a eu la sagesse de décider daller aux centres du pouvoir : on a encerclé les casernes dans toutes les villes du Venezuela ainsi que le palais présidentiel de Miraflores. Il y avait au palais un rassemblement de lextrême droite qui sest immédiatement enfuie au moment quelle sest aperçue assiégée par le peuple, dans le spectacle le plus ridicule que lon puisse imaginer. Le troisième événement a été un fait qui me paraît stratégique et peut-être unique au monde. Après la révolte militaire conduite par Hugo Chávez le 4 février 1992, les média du Venezuela ont mis en scène la campagne la plus grotesque et tapageuse contre un homme : Hugo Chávez. Son image publique a sans cesse été calomniée des façons les plus saugrenues. Cela fait déjà 12 années de campagne sans interruption. Et pourtant les média ont bien perdu huit élections daffilée. Dans toutes ces élections les médias ont tenté de battre loption révolutionnaire et dans toutes ils ont perdu des millions parce que le peuple na pas cru à leurs campagnes. Les médias vénézuéliens ont trois caractéristiques : le mensonge maniaque, la vulgarité et linsolence. Je pense que le principal pouvoir qua lopposition au Venezuela ce nest pas largent, les médias ou le soutien de limpérialisme, mais limpudence. Ils nont pas la moindre crainte dêtre dénoncés pour avoir menti dune façon évidente. Une journaliste dénonce que le fils du Président de Petróleos de Venezuela (lentreprise de pétrole de lÉtat) vendait de lessence dune façon frauduleuse. Et bien, le coupable présumé de corruption était mort depuis 15 années quand il avait 11 ans. À la douleur de la mort dun fils pendant son enfance sajoute laffront publique. La journaliste se refuse de publier une rétractation. Cest un tribunal qui len a obligée. Elle la finalement fait et le Président de Petróleos de Venezuela a laissé tomber le reste de la plainte. A-t-elle corrigé son comportement ? Pas du tout. Avec une effronterie incalculable elle continue de mentir, encore mentir et toujours mentir. Cest plutôt la classe moyenne et la bourgeoisie qui sont atteintes par les médias. Les pauvres en général ne se laissent pas faire par les médias. Les classes favorisées ont été entraînées à croire à tout ce que disent les médias : quil y a des armes de destruction massive en Irak, que la main invisible du marché va tout régler, quil y a un conflit de civilisations, que Chávez est un dictateur. Le degré de conditionnement pavlovien de ces couches sociales est prodigieux. Ils croient tout ce que dit la télévision. Et pourtant... Monsieur lAmbassadeur du Venezuela en France, Roy Chaderton, dit quil suffit dexposer un visiteur quelconque aux médias vénézuéliens pendant, disons, 15 heures daffilée pour quil comprenne pourquoi la nation est engloutie dans une crise politique si violente. Mais cest peut-être la première fois dans le monde que les médias ont été battus, et cela dune façon si grave et si ininterrompue. Les médias persistent à sacharner dans lerreur. Plus ils sont battus plus ils redoublent leur obstination. Plus ils sont ridiculisés sur la scène internationale plus ils deviennent déréglés dans leur comportement. Je confesse que jai contrevenu une promesse que je métais faite au moment de partir du Venezuela : soutenir lopposition vénézuélienne. Plus ils étaient caricaturaux, plus voulais-je les excuser. Javais peur quon puisse croire que tous les vénézuéliens sont aussi idiots que cela. Mais il y a même des fois que je me demande si ce nest pas moi qui suis idiot. Peut-être. Leurs bêtises sont si colossales quelles nous mènent à cette conjecture : ils ne peuvent pas être si sots que cela. Cest la classe dominante peut-être la plus abrutie de lhistoire humaine. Voilà pourquoi voulais-je cacher ce fait. Pas par générosité, mais pour me protéger du jugement dautrui sur le Venezuela. Mais jen passe. Il y a un autre aspect que je voudrais considérer ici. Cest le fait que Chávez est un militaire. Cela provoque dans quelques secteurs de la gauche et encore dautres toutes les méfiances imaginables. Et je le comprends. Tout au début jai eu cette méfiance. Parce que les militaires latino-américaines en général ne sont pas trop présentables. Mais au Venezuela on a une situation assez particulière qui nous distingue de la plupart de lAmérique Latine : cest la composition sociale de larmée. Ce nest pas une armée aristocratique comme il arrive dans dautres pays. Notre oligarchie est si lâche quelle ne soccupe pas de larmée. Les casernes cest pour les pauvres, pour les métis. Cela a créé une situation dans laquelle larmée est un peu, comme disait Mao, au sein du peuple. Cela na pas été le cas tout le temps, bien sûr, et ils ont bien joué le rôle quon attend de cette armée, auxiliaire de la colonisation. Mais ce nest pas la première fois quon a un militaire révolutionnaire au Venezuela contemporain. Pendant les années 60 il y a eu au moins deux révoltes militaires révolutionnaires qui ont été écrasées dune manière assez cruelle. On a bien cru que Chávez était une sorte dAugusto Pinochet, et il y a encore des gens qui regardent trop de télévision qui le croient. Mais il est exactement tout le contraire de Pinochet. Il incarne lâme du peuple comme personne ne la fait depuis Simón Bolívar. Et cest pour cela que jai tant de coïncidences avec lui. Mais comme ce nest pas une révolution stalinienne on a droit à la dissidence : Chávez est catholique ; je ne le suis pas, par exemple. Le Venezuela est actuellement un laboratoire international où lon est en train dessayer des processus qui peuvent être mis en scène en dautres pays. On a utilisé le Venezuela, par exemple, pour essayer la disparition forcée de personnes. On a même y inventé cette monstruosité qui a été perfectionnée au Chili, en Argentine et à lUruguay, etc. Cest au Venezuela quon a inventé le largage des gens vivants depuis des hélicoptères, une procédure quon a par la suite pratiqué beaucoup au Vietnam. Évidemment, ces types de procédés nont pas tous eu leur origine au Venezuela. On y assiste actuellement, par exemple, à la mise en uvre du même genre dentreprise criminelle quon a vu au Chili il y a 31 ans ce jour, contre un président démocratiquement élu: Salvador Allende. On est aussi en train dessayer de mener au Venezuela la même expérience sanglante quon a bien inauguré au Nicaragua : lextorsion de lélectorat, cest-à-dire, si vous votez contre le candidat des États Unis la violence va continuer. Ce genre dextorsion a fonctionné ailleurs et même tout récemment et tout près du Venezuela. Mais pas au Venezuela, où lon a tout essayé, ou presque :
On constate au Venezuela deux processus bien connus : lun a été annoncé par George Orwell, quand dans son roman 1984 on disait : « La liberté cest loppression » ou « la vérité cest le mensonge ». Il suffit dinverser les mots des dirigeants de lopposition afin dy comprendre quelque chose : quand ils parlent de démocratie cest quils parlent de dictature. On la bien vérifié pendant le coup dÉtat davril 2002, quand un monarque absolu sest couronné lui-même, pendant quon massacrait le peuple dans les rues. La liberté est bien donc loppression. On voit aussi Goebbels dans les médias : ils répètent ad nauseam des mensonges de tout genre, même contradictoires, tout le temps, sans cesse. Cette alchimie finit par faire croire que ce qui est évidemment faux est vraie. On a dit que la caméra de télévision ne clignote jamais. Au Venezuela la caméra ne cesse de mentir même pas une minute. Ou encore plus pervers : des fois on dit la vérité mêlée délibérément avec le mensonge pour mieux intoxiquer leur public. Cela a été scientifiquement planifié dans des laboratoires dingénierie des consciences de masse. Le projet nazi na pas dit son dernier mot en technologie de manipulation des curs. Quand on ma dit que je devais parler de lactuelle situation du Venezuela je me suis immédiatement demandé : combien dheures ai-je pour cela. Jai donc essayé débaucher les éléments les plus saillants du processus vénézuélien. Il faudrait donc faire tout un cours ou un séminaire pour pouvoir comprendre cela. Ou encore mieux, si possible, se promener dans les rues du Venezuela et parler avec les gens, spécialement les pauvres. Et ne jamais regarder CNN et encore moins croire à ce quon y dit sur quoi que ce soit. Il faut donc observer de près ce qui se passe au Venezuela pour éviter dêtre piégé ailleurs. Ce qui arrive au Venezuela, comme tant dévènements historiques, est à la fois classique et original. Pour finir mon intervention, je paraphrase un mot sage et célèbre : au Venezuela lextraordinaire est devenu quotidien.
Des articles de RHM sur des sujets politiques |
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