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La question vénézuélienne

Roberto Hernández Montoya

Samedi, 11 septembre 2004
Adresse à la Fête de l’Humanité
Adresse de 2004
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Como ustedes pueden ver (un programa para la gente que escucha)

Roberto Hernández Montoya à la Fête de l’Humanitè, dimanche 11 septembre 2005 (photo Rodrigo Hernández Gámez).

Le 11 avril 2002 se sont produits les événements suivants : l’OPEP a été abolie, le Groupe 77 + la Chine a été décapité, l’approvisionnement de pétrole à Cuba a été suspendu, on a compromis l’accès de Luiz Inácio Lula da Silva au pouvoir au Brésil et le pétrole du Venezuela a été mis à la merci des géants de l’industrie.

Le Venezuela continue à être aujourd’hui un laboratoire international. Tout se joue au Venezuela : l’économique, le juridique, le social, le culturel, le politique, le militaire. Chaque bouffonnerie ou chaque gloire vénézuéliennes deviennent des références pour tous les peuples, pour tous les chercheurs, ainsi que pour les curieux de tous ces phénomènes.

Mais on risque de se laisser piéger dans un labyrinthe de miroirs qui complique le regard sur les problèmes et ses solutions.

Le problème n’est pas Hugo Chávez. Il n’est non plus la solution. Pour moi les chavistes ne sont pas seulement pas ceux qui pensent que Chávez est la solution de tous les problèmes. Ceux qui pensent que Chávez est l’origine de tous les problèmes ont été créés par lui sont aussi des chavistes. Les deux se trompent. La plupart des opposants de Chávez semblent penser que s’il disparaît du contexte politique tous les ennuis vont disparaître aussi : la corruption, les démagogues, les médias manipulateurs... Il n’y aura plus des parents irresponsables, ni des femmes infidèles, ni des guérilleros colombiens dans le territoire du Venezuela. Et bien, j’ai le devoir alarmant de vous informer que tout cela va continuer si Chávez n’est plus au pouvoir parce les solutions illusoires ne sont pas, hélas, des solutions.

Mais j’ai aussi le devoir, cette fois agréable, d’informer que la solution à tout problème n’est pas Chávez. Il a le pouvoir de résoudre plusieurs maux, mais pas tous. C’est à dire, la solution est dans les mains et les esprits de tous les vénézuéliens. Chávez n’est que le résultat d’un processus d’années et d’années où ont été créées les conditions sociales et politiques dont il avait besoin pour arriver au sommet du pouvoir. Mais ce sommet-là n’est pas une Montagne Magique. Il est plutôt un défi, le défi de Damoclès, pour quiconque occupe sa position. Chacun doit travailler à son niveau, dans son espace, et y faire son mieux.

Quelles réactions a provoquées l’actuelle condition vénézuélienne ? Il y en a une dont on fait très peu mention dans les médias internationaux : un enthousiasme populaire qu’on n’avait pas vu depuis plus d’un siècle. Puis il y a la réaction contraire que je perçois en deux groupes difficiles à distinguer puisqu’ils se confondent eux-mêmes dans des idées et des actions communes. Le premier groupe c’est la droite pure et dure, la droite de toujours. On connaît très bien cette droite partout, donc je ne vais pas en parler beaucoup. Je fais mention seulement des actions dirigées depuis Washington et qui ont provoqué plusieurs événements dont je ne vais faire mention que de deux : le coup d’état d’avril 2002 et le sabotage de l’industrie du pétrole de la fin de 2002 et du début de 2003. On y a tout essayé : la formule chilienne, la formule appliquée au Nicaragua pour renverser les sandinistes, etc. On n’a presque rien inventé de nouveau pour les nouvelles conditions qu’on trouve au Venezuela. J’y reviendrai.

L’autre groupe est celui que je propose de nommer la « nouvelle droite », c’est à dire, celle puisée de l’ancienne gauche, qui a fait le saut ornemental des palissades. Sous la dictature médiatique sous laquelle survit l’humanité depuis des années, il est très facile de glisser dans des erreurs assez dangereux. C’est ce qui s’est passé avec une bonne partie de la droite. Mais cela devient encore plus dangereux lorsqu’on est en train de chercher d’urgence un prétexte pour évader ses responsabilités historiques. C’est le cas de plusieurs militants de la dite « gauche caviar », celle qui trouve les excuses les plus farfelues à l’heure de faire face à ses engagements. Quelques uns avaient déjà fait le parcours qui va de la guérilla au fascisme pur et dur. Quelques autres ont découvert que la gauche tout entière avait tort à peine le gouvernement de Chávez a commencé à prendre les mesures que la gauche avait elle-même toujours demandées. Ils ont soudain montré ce qu’on a découvert à la Nouvelle Orléans : le visage caché des États Unis, le visage de la misère économique et sociale. L’analogie est utile : c’est ce que les toréadors appellent « l’heure de la vérité », le moment d’affronter le taureau. Lorsque l’ouragan a frappé la ville de Louis Armstrong on a découvert qu’il y a 37 millions des pauvres au pays qu’on considère le plus riche du monde.

Aussi, lorsque la révolution a éclaté au réel, cette gauche commode a choisi le vieux chemin de la droite. Ella a dévoilé son vrai visage. Elle l’a fait avec un tel acharnement qu’on a du mal à faire la différence avec la vieille droite. Ils ont défilé ensemble et ils ont participé ensemble aussi dans toutes et chacune des aventures de la contre-révolution.

Le problème avec cette gauche est le problème posé par la trahison. Elle fait perdre un temps précieux pendant qu’on discerne s’il s’agit d’une hésitation passagère, d’une erreur ou d’une trahison. Mais une fois qu’on découvre qu’il s’agit bien d’une trahison, on perd aussi un temps précieux à essayer de comprendre comment quelqu’un qui a lutté toute sa vie pour certains principes passe d’un jour à l’autre au champ radicalement antagonique.

Mais le dommage le plus grave est celui de confondre la gauche d’autres pays, qui perd à son tour un temps précieux à essayer de savoir si ce qui se passe au Venezuela est une vraie révolution ou s’il s’agit d’un processus bonapartiste, d’une des dictatures militaires traditionnelles de l’Amérique Latine, d’un processus stalinien, d’un phénomène fasciste, etc. Et bien, l’ancienne gauche devenue la nouvelle droite a radoté tout cela : Chávez est en même temps un dictateur et de droite et de gauche. Puisqu’il est militaire, il n’est que trop facile de soutenir qu’il est un dictateur militaire comme n’importe quel autre. Brillant ! Il est suffisant d’être militaire pour être un gorille. Bien évidemment on n’a pas eu trop de militaires présentables en Amérique Latine. Mais il y en a eu plusieurs qui sont plus que présentables : Miranda, Bolívar, Sucre, Sandino au Nicaragua, Torrijos au Panama, Líber Seregni à l’Uruguay, tout récemment décédé ; Juan Velazco Alvarado au Pérou. Et ainsi de suite.

Là l’opposition vénézuélienne a choisi la voie la plus risquée : démontrer qu’il y a une dictature au Venezuela. Bien sûr, de loin on peut croire quoique ce soit que disent les journaux ou CNN, qui disent toujours la vérité, n’est-ce pas ? Et bien, non. Il suffit de lire la presse ou de regarder la télévision du Venezuela pour tout comprendre. Notre ambassadeur Roy Chaderton a dit qu’il suffit de mettre dans une chambre d’hôtel à n’importe quel visiteur au Venezuela avec un appareil de télévision pendant environ 15 heures d’affilée. S’il survit, il saura de quoi s’agit-il après témoigner la campagne maniaque et tapageuse que les médias ont déclenché contre le gouvernement depuis 2001 environ. Avant cela les médias ont hésité, quelques uns pensaient qu’ils pouvaient composer avec le nouveau gouvernement. Lorsqu’ils ont découvert qu’ils ne pouvaient pas pactiser avec Chávez, ils ont en même temps découvert qu’il était un dictateur.

Or c’est la dictature la plus étrange de l’histoire, où il y a des maires d’opposition avec des corps de police armés qui participent dans un coup d’état, tout en restant en place lorsque le coup fait faillitte. C’est une dictature où il y a des manifestations d’opposition presque chaque semaine, où les médias font des blagues obscènes sur la fille de Chávez qui n’a que sept ans. Or, aucun journaliste ou commentateur n’a été importuné par la dite dictature. Y avait-il des maires d’opposition pendant l’État de Vichy ? Il est donc bien difficile de prouver qu’il y a une dictature sous un gouvernement où la liberté d’expression et de manifestation n’a aucune limitation. Un groupe des militaires putschistes de 2002 a même implanté dans une place des quartiers riches de la capitale un soi-disant « territoire libéré ». Ils y ont restés campés pendant des mois, jusqu’à ce que le théâtre a décliné par lui-même, sans aucune intervention de la dite dictature, à cause de l’abandon total de ses adhérents. Il doit être bien dur devoir mener à bien cette tâche de démontrer contre toute évidence qu’il y a une dictature au Venezuela, une dictature qui a gagné confortablement dix élections d’affilée depuis 1998.

Mais ils ont aussi du mal a décider quelle est la nature de cette dictature, voire si c’est une dictature de droite ou de gauche. La droite n’hésite pas à pérorer qu’il s’agit bien d’une dictature de gauche, du fait de l’amitié entre Fidel Castro et Hugo Chávez. On dit que Chávez veut transformer le Venezuela dans un nouveau Cuba. La nouvelle droite, c’est à dire, l’ancienne gauche, a du mal a prôner cette thèse. Ils préfèrent babiller qu’il s’agit plutôt d’une dictature militaire de droite style Augusto Pinochet. Quand on leur montre qu’il y a toutes les libertés des démocraties bourgeoises, et encore d’autres, ils disent que Chávez a « l’intention » de devenir un dictateur. Bel et bien un procès d’intention. Cette dictature a été un complet échec, puisqu’elle ne réussit pas à s’installer comme telle depuis six ans !

On a pu voir un graffiti sur un mur de Caracas : « À peine ils ont perdu leurs privilèges ils ont découvert la liberté ». Au Venezuela il y avait avant Chávez une sorte de démocratie électorale où les citoyens ne pouvaient s’exprimer que dans des élections pour la plupart frauduleuses. C’était un régime corporatif, où les forces qui dominaient étaient les syndicats patronaux, les businessmen associés avec le grand capital mondialisé (c’est à dire contrôlé par les États Unis), l’Église et l’Armée. Or, l’Armée du Venezuela a passé par une évolution bien intéressante. Il n’est pas été par hasard que c’est les militaires qui se sont révoltés en 1992 contre ce régime corporatif, avec Chávez en tête. L’armée du Venezuela est composée par des hommes et maintenant des femmes surgissant des classes populaires ou de la classe moyenne appauvrie. Ce n’est pas le cas d’autres pays de l’Amérique Latine, où les officiers des armées sont largement composés par la haute bourgeoisie, voire les oligarchies. En 1989 les classes appauvries du Venezuela se sont violemment révoltées contre les politiques néolibérales du gouvernement. L’armée a été utilisée par les classes dominantes pour une répression sanglante. Cela a provoqué une crise de conscience dans tous les rangs de l’armée, ce qui a précipité ses deux révoltes de 1992, dont je viens de faire mention.

On assiste aujourd’hui au Venezuela à une fusion des civils et des militaires dans les tâches les plus diverses, dès la rescousse des populations sinistrées, jusqu’aux missions sociales : alphabétisation d’un million trois cent mille personnes dans environ une année, l’éducation, la santé, la distribution d’aliments, la production, la défense de la nation, etc. Le contrecoup qui a suivi le coup d’état de 2002 a été mené et par les civils et par les militaires dans une action commune et concertée.

En ce qui concerne l’entente avec Cuba, il s’agit d’une collaboration dans des tâches essentielles comme l’éducation et la santé, ainsi que le fournissement des carburants. Il y a actuellement des milliers des médecins cubains qui procurent des soins gratuits à des millions de pauvres, 24 heures sur 24, les 365 jours de l’année. On envoie à Cuba des centaines de malades graves pour y être guéris. On y a rétabli la vision à environ 70.000 personnes, jusqu’à aujourd’hui. On a adapté une méthode cubaine pour l’alphabétisation, mais dirigée et administrée par des enseignants et des volontaires vénézuéliens.

On lutte actuellement au Venezuela contre les latifundistes, contre les installations industrielles abandonnées, contre l’usure, contre les abus des patrons, contre les émissions de télévision inappropriées pour les enfants et les adolescents. Et ainsi de suite.

Tout cela est inacceptable pour la bourgeoisie et surtout par l’impérialisme assoiffé de pétrole. Le même impérialisme qui a envahi l’Iraq, le même impérialisme qui a déclaré la guerre au monde et qui a envahi plusieurs pays de l’Amérique Latine. C’est une menace mondiale permanente qui s’est considérablement aggravée par la bande fondamentaliste en place à la Maison Blanche.

Si l’on a une pensée progressiste, Bush devrait être un bon guide pour s’orienter dans la carte mondiale. Chaque fois que le gouvernement impérialiste exprime sa « préoccupation » pour un pays quelconque, on doit examiner les faits de plus près. Cette bande a même changé le nom des frites en anglais, qu’on avait toujours appelé French fries pour les appeler à la cafétéria du Congrès « les frites de la liberté »... Tout cela fait rire mais cela fait pleurer des milliers de familles iraquiennes et de la Nouvelle Orléans.

Merci.


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